- VELVING - Histoire et Généalogie d'un village au Pays de Nied

- VELVING - Histoire et Généalogie d'un village au Pays de Nied

Le moulin à grain

 

 

Le moulin de Velving en 1945 

 

Avec l'aimable concours de Mlles STOSSE de Velving

 

     Depuis le moyen-âge, les abbayes possedaient les mêmes droits que les seigneurs et pouvaient donc construire et exploiter des moulins. Celle de Mettlach en Sarre, rappelle dans les plaids annaux de 1417 qu'elle possède la haute et moyenne justice, ainsi que la justice foncière sur Valmunster et le villages dépendants. En particulier lui appartiennent..."Bann und Mann, Zug und Flug, Wasser und Weide"... c'est-à-dire .. Le ban et les hommes, bêtes de trait et charrues,  les eaux et les pâturages..." On peut penser que le moulin existait déjà à cette époque.

 

     Ces plaids se tenaient dans chaque village et chaque année, en présence du seigneur ou de son représentant ; tous les habitants du village étaient tenus d’y assister sous peine d’amende. C’est là qu’on procédait à la nomination du maire et des échevins, du garde champêtre, du garde chasse, du garde forestier, et à leur prestation de serment. On énumérait les cens et autres droits féodaux à payer ; on prononçait les amendes. Les agents chargés des recettes et dépenses du village rendaient compte de leur gestion et faisaient les ordonnances de police nécessaire.

 

La banalité.

 

     Selon le principe de la banalité il était interdit de faire moudre son grain ailleurs qu'au moulin banal. Soit le seigneur fait des dépenses de construction et d'entretien et les habitants acceptent d'y amener leur blé, soit la banalité est un droit ordinaire de fief et alors les sujets qui manqueraient à leur droit de moudre, devaient payer des amendes. (c'était le cas au Xème siècle).

     L'établissement de la banalité étaient un privilège de la haute-justice (arrêt du Conseil d'état du 1er janvier 1723). Des édits du 3 novembre 1571 et 23 mars 1616 interdisent à toute autre personne defaire bâtir des moulins. Cette règlementation s'est assouplie, la construction des moulins particuliers est ensuite autorisée pour faire face à la non-suffisance desmoulins banaux, mais contre paiement d'une redevance.

     La banalité s'exerce sur une étendue géographique définie dans les plaids annaux et records de justice. Il subsistait des moulins banaux à Boulay, Brecklange, Conde-Northen, Coume,  Créhange, Filstroff, Gomelange, Guinkirchen, Ottonville, Volmerange, Waldwisse, Velving où venait moudre leur grain les principaux habitants des annexes de Valmunster (Penning (village disparu près de Téterchen), Eblange, Buchingen (village disparu près d'Eblange), Holling, Titting (village disparu près de Holling) et Brettnach. Le moulin de Velving était suffisamment important en production pour accueillir tout ce monde, qui devait faire un long déplacement pour certain.

     Bien ressentie pendant la période féodale, la banalité l'est moins au 18ème siècle. D'abord on note l'éloignement des moulins, les communautés de Valmunster et Velving ..."se trouvent beaucoup gênées d'un moulin dont ils sont banaux, située à une lieue...et par un très mauvais chemin pendant la saison d'hiver.

     Ensuite les moulins banaux sont incapables de faire face à l'augmentation de la population et souvent ils chôment par manque d'eau : au moulin d'Eblange où doivent se rendre les habitants de Valmunster et Velving ..."il n'y a plus d'eau pour fournir ou moudre pour la moitié..."des habitants. Et de plus les autres meuniers profitent de la situation : ..."à défaut de leur moulin banal... (ils) sont quelquefois forcés de se rendre à d'autres moulins pour avoir de la farine, où ils se trouvent rançonnés par des meuniers, à volonté, jusqu'à 20 sols..."

 

Le meunier. 

 

     Le meunier est d'abord un artisan, il veille au bon état des meules et du mécanisme. Il connait les rudiment hydrauliques, de météorologie, de mécanique, de mathématiques, de géométrie et de menuiserie. Pour obtenir la maitrise, il faut apprendre le metier pendant 3 ans chez un patron, puis satisfaire à différentes épreuves pratiques. Le maître meunier peut engager des apprentis et des aides. Les apprentis vont de moulin en moulin pour satisfaire leur connaissances, mais aussi pour le plaisir du changement. Des problèmes sont récurrents entre patrons et employés. Ainsi à Rinange, ... le valet semble avoir été jeté dans la rivière de Nied...près de Roupeldange... ", le meunier explique qu'il s'est noyé en traversant un passage, "...un sac de blé sur le col..."

     Quelques terres et prés sont donnés en bail en même temps que le moulin, ils permettent de nourrir quelques bêtes. En 1707, à Velving, le moulin appartenanit à une veuve, "...tenant-train..." : "... elle possèdait un cheval, une vache, un boeuf de louage et 4 porcs..."

 

Le premier meunier, connu par le actes, exerçant à Velving en 1682 et à Château-Rouge en 1679 est MULLER Mathias, fs de Hans Caspar et DOLL Marguerite, né vers 1632 il se marie avec Dorothée AMMAN vers 1654 (1oo de Dorothée AMMAN). Il eut 4 enfants et au partage de 1720 Marguerite reçoit le moulin de Velving, elle se marie avec un autre meunier CHALON Jean, Jean et Phulippe MULLER celui de la Blies à Sarreguemines, Jean Jacques sera meunier à Ihn (D). 

L'un de ses fils, Philippe, né vers 1632, est meunier à Velving en 1720.

  

Le 20 avril 1695, l'abbaye de Mettlach donne en bail,un étang d'environ 10 ha et le moulin.

 

Le 17 janvier 1699, Adam MULLER fait assigner les habitants de Velving, pour qu'ils soient condamnés à moudre au moulin banal; il réclame 30 quartes de dommages et intérêts.

Adam MEUNIER (MüLLER) est originaire de Varsberg et se marie le 13/02/1695 Valmunster avec AMAN Dorothée +29/04/1719 Charleville sous Bois.

Le 22 juillet de la même année, le meunier et son épouse, Dorothéée AMAN, ont détourné le cours d'eau; ils sont condamnés à payer 25 quartes de grain... 

 

Le 21 juillet 1709, la veuve du meunier reprend le bail.

 

STREMLER Gaspard loue le moulin le 21/07/1709, il vient d'Ottonville, en 1731 il est à Ebersviller. Il est marié à MULLER Marie Marguerite.

 

CHALON  Jean, né vers 1699 est meunier à Wallerfangen/D en 1702-1704, en 1708 à Bisten/D, en 1712 à Bitche et en 1720 à Velving avec sa femme MULLER Marguerite, egalement fille de meunier. Il meurt à Velving le 02/09/1729.

CHALON François est meunier en 1723, sans doute un parent de CHALON Jean.

 

STABLO Jean, né à Velving le 30/09/1698, +16/03/1743 Velving, meunier en 1737 1oo CHALON Gertrude et 2oo GRAUSER Suzanne

 

SCHMITT Jacques, cordonnier à Vaudreching, époux de Anne Christine CHALON, est meunier en 1743.

 

BOUSENDORFFER Philippe est meunier à Velving entre 1753 et 1765. Fils de Guillaume et JAGER Barbe de Velving, né avant 1720 et marié à STABLO Christine avant 1753.

 

En 1777, HUMBERT Jean est meunier oo CHALON Anne Marguerite.

 

En 1779, Louis HACKSPILL est meunier à Velving, en 1789 à Creutzwald et officier municipal à Creutzwald en 1793, mais en 1788, Michel MULLER a pris la relève, fils de Jean, meunier, et VINGERT Anne Marie de Hallering, marié le 26/06/1786 Denting avec DUFRESNE Marguerite, fille de meunier. Son fils, Henri, est garçon-meunier à Velving en 1788. Il exercera son mérier en 1820 au moulin de Bettange.

 

Un autre meunier, MULLER Philippe a passé un bail pour le moulin de Velving le 23/04/1801 avec STREIT Jean de Guertsling qui est meunier à Velving en 1798. Philippe a exploité le moulin vers 1800 pour un canon de 624 francs. STREIT a revendu le moulin à STREMLER Pierre, meunier à Ottonville.

 

STREMLER Pierre, né vers 1757 +1905/120 Velving, fs de Pierre et HESLTROFFER Marie, oo26/05/1789 Haute Vigneulles CLAUSE Marie, propriétaire et meunier à Velving en 1807. L'un de ses fils Jean Pierre est tonnelier à Rouen en 1845, un autre de ses fils fait parti de la Grande Armée de Napoléon.

 

STREMLER Nicolas, né le 15/12/1791 Ottonville, fils de Pierre et CLAUSE Marie, est meunier à Veving de 1821 à 1829, en 1844 à Téterchen et en 1848 à Landonvillers. Il a 5 enfants nés à Velving entre 1821 et 1829.

 

BASSOMPIERRE Nicolas est meunier au moulin de Velving en 1836, marié à CLAUDE Anne.

 

CADE Philippe né vers 1804 est meunier au moulin en 1841.

 

Un certain WINTERDORFF Mathias, occupa le moulin entre 1800 et 1811, né à Mörsdorf le 10/03/1775 et +02/01/1837à Zimming. 1oo le 24/01/1803 à Valmunster avec SCHNEIDER Anne Marie. 2oo le 09/01/1808 à Valmunster avec ROSE Madeleine.

 

PETH Nicolas est meunier de 1846 à 1848, marié à KOCH Marie.

 

Vers 1860, l'usine est exploitée par Mathieu CLAUSTER (KLOSTER) né le 19/12/1820 Varsberg +vers 1914 Velving, oo LACROIX Anne de Coume et en 1920 par Nicolas GOUSSE.

 

DORY Pierre Nicolas de Coume est meunier en 1880-1881.

 

GOUSSE Nicolas, meunier entre 1887 et 1895, fs de François, meunier et FOURMAN Anne de Vaudreching, oo 10/04/1877 Velving KLOSTER Anne Catherine.

 

C'est Jean GOUSSE, fils de Nicolas GOUSSE qui reprend l'exploitation en 1926 jusqu'en 1935, date à laquelle Mr STOSSE Joseph deviendra propriétaire du moulin.

 

     L'activité meunière subsistera encore jusqu'en 1939. Cette période de guerre et d'exode de la population va mettre fin à l'activité du moulin. Il sera le théatre d'opération de destruction partielle et de pillage de la part des troupes d'occupation, comme la plupart des habitations du village durant cette période. Au retour d'exode de la famille STOSSE, c'est une scène de désolation qui lui est offerte, mais elle décide tout de même d'y demeurer jusqu'en 1955, date de leur retour au village.

 

     Le moulin est resté la propriété de la famille CLAUSTER-GOUSSE-STOSSE (une seule et même grande famille de meuniers) de 1860 à 1972, soit 112 ans.

 

     Enfin en 1972, Jean-Pierre STOSSE, fils de Joseph, décide de vendre le moulin à Mr ADAM de Forbach. Celui-ci rasera les dernières ruines pour laisser place à une résidence secondaire et à un plan d'eau.

     Pour information, il existait une maquette du moulin élaborée par Mr. STOSSE Jean Pierre exposée dans son jardin.

 

Conclusion.

 

     Le déclin des moulins à farine s'amorce à la fin du XIXème siècle. En 1708 on dénombrait 1111 moulins à blé pour 2074 localités de la Lorraine et du Barrois. (environ 1 meunier pour 2 villages). En 1882, la Lorraine annexée compte encore 435 moulins à céréales qu'occupent 1127 ouvriers. En 1895 il n'en reste que 303 qui font travailler 741 personnes. Les raisons de ce déclin sont de 3 ordres :

- modification du comportement des gens vis-à-vis des campagnes et des métiers traditionnels, les jeunes préférant aller vivre en ville, à proximité des usines;

- les gens cuisent de plus en plus eux-mêmes leur pain à partir de 1880;

- jusqu'en 1885 la production des moulins ne suffisait pas à couvrir les besoins locaux : il fallait importer de la farine d'autres régions françaises. De grands moulins vont naître travaillant sur de grandes quantités de grain; ils organisent le commerce de la farine et ne laissent aux petits meuniers qu'un débouché local.

 

Sources :

- LAGER JC Urkundliche Geschichte des Abtei Mettlach, p170

- DORVAUX et LESPRAND, cahiers de doléances, baillage de Boulay-Bouzonville.

- Archives Départementales de la Moselle B6903

- JM BENOIT, Moulins et meuniers des Pays de Nied

- Père Gabriel WEYLAND, Valmunster et son Eglise du Xème siècle

- Photo : Mlles STOSSE de Velving

 

 



22/08/2010
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Histoire pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres