- VELVING - Histoire et Généalogie d'un village au Pays de Nied

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La famille BOUVIER DU MOLART

 

 

 

BOUVIER DU MOLART

une famille de fonctionnaires et d'industriels sous le 1er empire à Valmunster-Velving

 

  

 

L'histoire de Valmunster-Velving au XIX ème siècle, est étroitement liée à la Famille Bouvier Du Molart. Deux bâtiments nous rappellent leur présence au sein de la communauté : le château du XVIIème siècle et la chapelle mortuaire du cimétière.

 

 

Le château en 2012

 

Nous avons peu d'information sur l'histoire de ce château. On sait qu'en 1607, la seigneurie foncière de Valmunster est donnée en héritage à Jean Louis de Hohensaxen. En 1613, le fief du château appartenait à Guillaume Martzwin de Bockenheimer, capitaine de Siersburg qui devint le nouveau propriétaire. Le dernier possesseur noble de ce fief se suicida. La légende dit que son esprit ère dans une des chambres du château mais nul ne sait où elle se trouve car celle-ci aurait été murée.

 

La présence de cette famille est essentiellement due à l'exploitation de la mine de houille découverte en 1789 dans les collines entre Valmunster, Velving et Ottonville, mais aussi à la création de l'usine chimique de transformation de ce charbon, impropre à l'usage domestique mais dont on pouvait tirer chimiquement du vitriol, de l'alun et du rouge d'Angleterre.

 

 

 

La chapelle mortuaire famille Bouvier Du Molart et d'Hausen en 2012

 

Derrière l'église, existait autrefois un ossuaire du XVIème siècle dont il ne reste plus que le mur du fond avec une inscription "Priez Dieu pour eux", et devant ce mur se dresse la chapelle mortuaire de la "Famille Bouvier du Molart et d'Hausen".

 

 

Le mur de l'ossuaire du XVIème siècle derrière la chapelle

 

Cette famille de fonctionnaires et d'industriels avait investit dans l'industrie et la prospection de mines et était liée, par mariage, à la famille de Wendel et d' Hausen. Cette famille s'est installée au château au XIXème siècle et une douzaine de ses membres furent inhumés dans la chapelle.

 

Sur le fronton du monument on peut lire l'inscription suivante : "Famille Bouvier Dumolart et d'Hausen".

Il subsiste toujours encore des plaques en marbre en mémoire sur le côté des murs dont on a pu relever, il fut un certain temps déjà, les inscriptions et noms suivants :

 

Marguerite Thérèse Bouvier du Molart née Bouvier du Molart décédée le 19 juin 1845 à l'âge de 45 ans;

 

Ici repose Madame Thérèse Nicole Bouvier Du Molart épouse de Monsieur Dominique Théodore d'Hausen, morte à Valmunster le 17 février 1888 -       1822 - 1888;

 

Marie-Thérèse d'Hausen décédée le 23 avril 1859 âgée de 14 ans 1/2.

 

Une plaque est tombée et donc détruite mais sur laquelle on pouvait encore lire il ya une dizaine d'année :

 

Claire Zélie Bouvier Du Molart, décédée le 23.07.1841 à l'âge de 16 ans 1/2;

 

Baron Louis Bouvier Du Molart, préfet, ancien conseiller général de la Moselle, chevallier de la légion d'honneur, décédé le 01.04.1855 à l'âge de 75 ans;

 

Frédéric Arthur Bouvier Du Molart, fils ainé de Louis Bouvier Du Molart décédé le 30.07.1859 à l'âge de 66 ans (suicidé au château)

 

Dominique Théodore d'Hausen, époux de Nicole Thérèse Bouvier Du Molart, conseiller général de la Moselle, Maire de Hombourg-Budange, décédé le 18.11.1878 à 66 ans.

 

Nous rencontrons pour la première fois ce nom à Valmunster avec François Nicolas Bouvier Du Molart, né à Nancy le 25 juillet 1704. Il est signataire d'une autorisation de faire une coupe de bois dans la forêt de Valmunster le 19 mai 1756. Il est nommé, par le duc Stanislas de Lorraine, lieutenant particulier civil et criminel et lieutenant de la maîtrise des eaux et forêts de Bouzonville le 2 décembre 1751. Il fut avocat à la cour souveraine de Lorraine et du Barrois. Il fut aussi assesseur depuis le 13 mai 1735 et garde marteau en la prévoté de Bouzonville. Il se maria avec Marie Anne MARTINOT, fille de Dominique MARTINOT, huissier à la chambre des comptes de Lorraine et Barrois. Il eut 7 enfants.

Deux de ces filles furent Anne Françoise Bouvier Du Molart, épouse de Jean Baptiste WELTER et Jeanne Catherine Bouvier Du Molart qui épousa à Vaudreching Jean Nicolas LENOBLE de Bouzonville, fils de Mathias LENOBLE et Marguerite MULLER.

 

Son fils Louis François né le 2 juin 1731 lui succéda à la maîtrise des eaux et forêts de Bouzonville. Il fut avocat à la cour souveraine de Lorraine et Barrois à partir du 7 décembre 1756 et devint conseiller du Roi. Le 18 décembre 1756, il est nommé lieutenant particulier civil et criminel au baillage de Bouzonville par lettre patente de Louis XV, roi de France. Le 26 mai 1772, il est nommé lieutenant en la maîtrise des eaux de forêts du même baillage.

 

Louis François épousa Nicole TAILLEUR à Bouzonville et eut un fils Louis Bouvier Du Molart le 16 octobre 1780 à Vaudreching. C'est ce dernier qui s'installa au château en 1819.

 

Au cours de sa vie publique, sous le règne de Napoléon Bonaparte, Louis exerça de nombreuses responsabilités.

Il fut dabord chargé de la direction des bureaux du sous-préfet de Sarrebourg et s'était fait remarquer dans cette fonction, lors d'un voyage de Napoléon et obtiendra à cette occasion, une place d'auditeur au Conseil d'Etat (26 floréal an XIII). 

 

Il fut successivement nommé intendant de la Carinthie en 1805 (1er nivose an XIV) de la Saxe en 1806 et des Principautés de Cobourg et Schwartzenberg. Il sera nommé en 1808 par Napoléon, commissaire de la République de Raguse puis chargé de l'organisation des états vénitiens. On le retrouve sous-préfet de Sarrebrück le 25 aout 1808.

 

Le 12.01.1810, il obtiendra la Préfecture du Finistère jusqu'en 1813 et passa deux après préfet du Tarn et Garonne à partir du 12/03/1813 jusqu'en 1814. Ainsi il se trouvait à Montauban lors de l'invasion de la France par les alliés en 1814. On lui reprocha à cette période son attitude attentiste à propos des évènements de Toulouse  : le gouvernement provisoire avait envoyé en avril 1814 dans le département, le colonel de St Simon pour informer le maréchal Soult des nouveaux évènements et cet officier n'avait pu venir à temps auprès du Maréchal qu'après la bataille sanglante de Toulouse. On reprocha alors au préfêt Bouvier Du Molart son attentisme qui aurait provoqué la mort de plusieurs milliers d'hommes.

 

Dans son ouvrage "Histoire de la campagne de 1814" Beauchamp recueillit ce bruit et cette insertion fut pur Bouvier Du Molart, le motif d'une plainte en calomnie devant les tribunaux. Cette affaire fut plaidée peu avant le retour de Bonaparte et fit beaucoup sensation. Bouvier Du Molart plaida lui même son cas et eut gain de cause : ce qui fut admis comme un triomphe pour le camp des bonapartistes. Dès que ce dernier arriva à Paris depuis son débarquement de Toulon, il le nomma prêfet de la Sarthe et pendant les "100 jours" il sera à nouveau appelé par décret à exercer les mêmes fonctions dans le département de la Meurthe le 23/03/1815. Anecdote à cette nomination : au moment d'entrer dans ce département, au porte de Nancy, il fut assailli par des brigands qui lui dérobèrent des bijoux de grandes valeurs pour 18000 francs.

Pendant ce mandat il acceléra l'armement des nouveaux bataillons, fut très assidu aux séances des fédérés et se conduisit avec modération.

 

Il fut ensuite désigné représentant par le collège électoral de l'arrondissement de Thionville : le 13 mai 1815 il est élu député de la Moselle jusqu'au 13/07/1815 par 90 voix sur 103. Lors de la vérification des pouvoirs, quelques doutes s'élevèrent quant à la validité de son élection mais le rapport de la commission chargée de cet examen et la décision de l'Assemblée lui furent favorables. Il ne vint occuper son siège à la Chambre qu'après l'occupation de Nancy par les Autrichiens.

Le zèle qu'il avait montré pendant ces 3 mois  le fit porter en 1815 sur la liste des exilés et dut quitter la France en 1816. Il obtient quelques années plutard, l'autorisation de rentrer en France et de résider à Valmunster un temps puis à Hazebrouck où il avait des propriétes.

 

C'est à cette période qui'il crééra l'usine chimique pour produire de l'alun et du vitriol à partir de la mine de houille qu'il fit exploiter entre Valmunster, Velving et Ottonville. En 1821, il épousa à Paris sa cousine Marguerite Thérèse Bouvier du Molart qui lui donna 5 enfants : elle sera inhumée dans la chapelle le 19/06/1845.

 

 

La croix de 1710 située à l'intersection de la route de Velving et du chemin vers Ottonville appelé le Heiliegerweg, fut le point départ du perçage des puits de mine dans les collines entre Valmunster, Velving et Ottonville

 

 

Le 4 septembre 1828, il reçoit la visite royale  du roi Charles X, avec lequel il était lié d'amitié, dans son chäteau de Valmunster. Cette visite s'inscrit pendant la visite que le Roi fit dans ses départements de l'est de la France entre le 29 août et le 10 septembre 1828. Au cours de son étape-visite à Metz, l'académie des sciences de Metz lui présenta les nombreuses découvertes et productions industrielles dont celle de l'alun et du vitriol par Louis Bouvier Du Molart.

 

Après la Révolution de Juillet 1830, il sera nommé préfet du Rhône à Lyon et conseiller d'Etat. A ce titre il fut un acteur principal et courageux à l'insurrection des Canuts de Lyon en 1831 mais on lui reprocha son habileté et ses témoignages de sympathies à l'égard des travailleurs de la soie.

 

Dans quel contexte ?

 

La révolte des Canuts est la première grande insurrection ouvrière du XIXème siècle industrielle en 1831 dans le domaine de la soie :  les Canuts revendiquent un salaire garanti. Ces émeutes se produisent dans un contexte de révolution indsutrielle et de libéralisation de l'économie qui dégrade leur condition de vie en les dépossédant d'un savoir-faire, ce qui les pousse à s'organiser en vue de contester le nouvel-ordre social qui s'instaure à leur détriment. La conjoncture étant morose en 1831 et pèse sur la demande de la soie : la faiblesse de l'activité entraîne les salaires des ouvriers à la baisse.

 

 

Ordre communiqué par Bouvier-Dumolart, conseiller d'Etat, préfet du Rhône, dans lequel il est demandé de se réunir, avec les autres bons citoyens du quartier Saint-Paul de Lyon, pour le maintien de l'ordre et le rétablissement de la paix publique.

 

 

Le 18 octobre 1831 les Canuts demandent au Préfet Bouvier Du Molart de jouer les intermédiaires pour obtenir des fabricants l'établissement d'un tarif permettant de limiter la baisse des prix. Le préfet réuni une commission de patrons et d'ouvriers qui établit le 26/10/1831 un tarif et confie au conseil de prudhomme la charge d'en surveiller l'application.

 

 

Cette fixation des tarifs a été élaborée le 25 octobre 1831, lors d'une réunion reportée maintes fois, qui finit par avoir lieu sous la pression des ouvriers rassemblés. La séance eut lieu en présence des délégués des chefs d'ateliers et des marchands-fabricants, de Prunelle, maire de Lyon et du préfet Bouvier-Dumolart.

Le tarif devait entrer en application le1er novembre 1831. C'est le retard pris pour l'afficher qui anoncèrent les troubles à venir.

 

Mais son intervention dans le conflit est mal perçue par certains fabricants qui la tienne pour démagogique : 104  d'entre eux invoquent la loi Le Chapelier pour consacrer la non intervention de l'Etat dans les conditions de travail. Ils refusent d'appliquer le tarif, qu'ils dénoncent comme entrave à la liberté économique et rejettent les prétentions des Canuts en matière de salaire (10/11/1831). Cette attitude provoque le soulèvement des ouvriers le 21. Le 22 il y eut 600 morts. Louis Philippe engage 20000 hommes pour reprendre la main sur Lyon et est très critique vis-à-vis de Bouvier du Molart qui est révoqué le 06/12/1831.

 

Des notes de témoignages seront prises pour lui intenter un procès dont voici quelque notes :

 

Notes de Pierre Charnier concernant le procès intenté au préfet Dumolart pour son rôle dans le déclenchement des événements de novembre 1831.

 

De retour à Valmunster, le 18 juin 1834 (ADM 307U30) il vend en détail ses immeubles sur le ban de Holling et les bans voisins

Puis il donne en bail le 13/09/1839 aux frères VOLPELIN, Charles Guillaume et Louis, fabricants, propriétaires de la maison Volpelin à Sultzbach/D la mine de lignite de Valmunster avec tous les droits résultant de la concession et la fabrique d'alun (ADM 307u57). Le bail était de 12 ans : 6000 francs pour les deux premières années et 10000 francs par an pour les dix dernières années.

 

Après ces faits il se retira de la vie publique et mourut à paris le 1er avril 1855 et inhumé dans la chapelle mortuaire.

 

Son fils ainé, le baron Frédéric Arthur, est resté au château et a pris la suite de son père dans les affaires. Né le 17/10/1823 à Velving, il est resté célibataire. Il se suicida au château le 31 juillet 1859 et son corps inhumé dans la chapelle.

 

Après son décès c'est Nicole Thérèse qui prit l'affaire en main. Née le 01/05/1822 à Metz, elle épousa le 15/06/1842 Théodore d'Hausen, maitre des forges de Hombourg, maire Hombourg et conseiller général de la Moselle. Ils continuèrent l'exploitation de la mine et de l'usine jusqu'en 1878 date du décès de Théodore, inhumé dans la chapelle. Son épouse fut la dernière survivante de la famille à demeurer au château; elle mourut le 17/02/1888.

 

Le château fut vendu à un allemand qui y séjourna peu de temps. En 1890 c'est la famille Schneider qui l'acheta. Une des filles, thèrèse épousa un Champlon. Elle demeura au château avec ses enfants, Delphine et Jean marié avec Rosalie TAILLEUR qui eut 3 enfants. L'actuel propriétaire est Jean Marc CHAMPLON, exploitant agricole.

 

 

Sources :

 

Abbé Gabriel Weyland "Valmunster et son Eglise du Xème siècle"

Bibliothèque Municipale de Lyon

Archives personnelles, photos

 

 



20/08/2012
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